Médecine dentaire, partie intégrante de la médecine humaine…

Editorial  Planète Santé juin 2017

Médecine dentaire, partie intégrante de la médecine humaine…

… ou quand la médecine dentaire rencontre la médecine humaine.

Tel était le titre du congrès de la Société Suisse des Médecins-Dentistes (SSO) en juin 2017.

La pertinence du thème est évidente, à l’heure où la corrélation entre mauvais état et déclenchement ou aggravation de maladies systémiques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires ou les pneumopathies chez la personne âgée est évoquée, voire avérée.

La médecine dentaire est pourtant le domaine où le hiatus entre maladie ressentie (illness) et maladie diagnostiquée (disease) est le plus important. Les caries dentaires détectées au stade précoce ne sont, par exemple, pas douloureuses et n’engendrent que des gênes anodines : « Je n’ai pas mal, Docteur ! ». La philosophie de la médecine dentaire pratiquée en Suisse s’appuie sur le principe de la prévention tel que  le décrit  l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : il s’agit de mettre en œuvre un ensemble de mesures, collectives et individuelles, visant à éviter ou à réduire le nombre et la gravité des maladies, des accidents et de leurs suites.

La Loi sur l’Assurance Maladie (LAMal), de son côté, définit précisément et de façon restrictive le champ des pathologies bucco-dentaires prises en charge dans le cadre de l’assurance de base. Elle en exclut de ce fait la majorité, qui sont considérées comme évitables. Aussi n’est-il pas surprenant que le modèle de régulation de la santé bucco-dentaire, préconisé et soutenu par la SSO suivant les critères définis par l’OMS pour la prévention globale, promeuve la gestion active et responsabilisée, par la personne, de son capital santé, dans tous les aspects de la vie.

Ce modèle, qui a fait ses preuves et continue de le faire, met à disposition de la population une éducation à la santé, à l’hygiène et à l’alimentation dès les premières années de la solarisation. Ces mesures, qui peuvent aussi être ciblées pour les groupes à risque, sont complétées par l’organisation des dépistages des caries, des anomalies et des affections orthodontiques, tâches   de prévention collective qui incombent soit aux cantons, soit aux communes. Par la suite, une systématique de contrôles individuels est proposée par l’équipe du cabinet dentaire, médecin-dentiste, hygiéniste dentaire ou assistant en prophylaxie.

La médecine dentaire fait ainsi partie intégrante des soins dits primaires (primary care) en fournissant des prestations de santé accessibles et intégrées, assurées par des professionnels qui ont la responsabilité de satisfaire une grande majorité des besoins individuels de santé et d’entretenir une relation sur la durée avec leur patient : celui-ci devient ainsi un acteur adulte de l’interaction thérapeutique et est amené à chercher un dialogue critique et constructif avec « son » praticien, afin de trouver  la meilleure solution pour lui, et spécifiquement pour lui.

La médecine dentaire est aussi un extraordinaire domaine d’application des nouvelles technologies au service de la prévention : la radiologie dentaire, avec l’apparition de l’imagerie 3D (Cone Beam) affine le diagnostic précoce des pathologies dentaires et facilite la planification des traitements chirurgicaux et orthodontiques. L’utilisation par les praticiens des loupes ou du microscope opératoires permet une approche moins mutilante et très conservatrice des traitements : en résulte une dentisterie micro-invasive qui obéit aux critères de la prévention tertiaire en réduisant l’impact et les complications de pathologies comme la carie. Les lasers, diode, CO2 ou Erbium-YAG, entrent peu à peu dans l’équipement standard du cabinet dentaire, précédant l’éclosion probable des techniques réparatrices moléculaires. L’art dentaire fait aussi la part belle aux nouveaux matériaux, comme les céramiques, les alliages métalliques, les matériaux de comblement et de greffe et les produits induisant la régénération tissulaire,  issus de la recherche

Quant au devoir d’information, il est indissociable de toute acte médical : grâce à internet, le patient est souvent très au fait du développement et du traitement des pathologies et il en est bien ainsi: cela renforce le partenariat soignant-soigné et correspond tout à fait à l’exigence de gestion de la médecine moderne.

La médecine dentaire pratiquée en Suisse est, à maints égards, exemplaire.

Et si la médecine humaine rencontrait la médecine dentaire ?

Dr Etienne Barras

Médecin-dentiste Conseil de l’Etat du Valais