36.9 : LA FIEVRE MONTE…

 

Réaction après l’émission du mercredi 9.1.2013 sur RTS 1

“Edentés ou endettés”; c’est sous cette formulation quelque peu alambiquée que Mme Isabelle Moncada a abordé le thème du tarif dentaire: une thèse était à démontrer: les tarifs des médecins-dentistes suisses  sont abusifs.

En tant que membre du comité de la SSO, j’ai été chargé d’expliquer à la RTS la position de l’organisation faîtière  des médecins-dentistes suisses concernant le tarif dentaire et le fait que les soins dentaires ne sont en général pas remboursés dans le cadre de la LAMal.

Le jeudi 23 août 2012, Mme Moncada, journaliste et productrice, Mme Gabus, réalisatrice, un preneur de son et un cameraman sont venus m’interviewer à Sion dans mon cabinet pendant 2 heures. Le contact a été agréable et l’entretien s’est déroulé en toute franchise. J’ai pu exposer en détail la position de la SSO  sur les sujets de l’émission.

Sommes-nous égaux devant la carie?

La carie est d’origine multifactorielle: la consommation de sucre, fréquente et importante, combinée avec une hygiène dentaire imparfaite suffit à provoquer la carie dentaire qui est un processus pathologique d’origine infectieuse, intéressant le tissu dur de la dent, provoquant son ramollissement et évoluant vers la formation d’une cavité. Dans cette définition, on parle de la dent, donc de l’hôte, et c’est là que le facteur génétique peut entrer en considération. Certains sont plus résistants à la carie que d’autres. On peut par contre aussi renforcer la dureté de la dent et en diminuer la susceptibilité à l’attaque carieuse en consommant ou en appliquant du fluor sous forme de tablette , de dentifrice, de gelée, de solution de rinçage ou de sel alimentaire. Mais pour qu’il y ait carie, il faut qu’il y ait sucre et bactérie cariogène.

Mme Moncada, à qui j’avais donné toutes ces explications, tout comme mes confrères Carlos Madrid et Bernard Ciucchi, privilégie la seule piste  du statut social pour expliquer la survenue de la carie, ce qui dénote d’un manque de connaissance scientifique certain:  la SSO n’en est pas restée à un modéle scientifique obsolète des années 50 !

La SSO prône la responsabilité individuelle du patient

A notre époque, il semble, d’après les réactions de certaines personnes, quasiment impensable de demander à quiconque de faire un effort: tout est dû, la santé est un dû. Il n’est donc pas étonnant que Mme Moncada juge que les propos que j’ai tenus – “nous demandons aux gens d’être vertueux”– relèvent d’une tendance moralisatrice. Et pourtant la réalité est bien là: la SSO, en tant qu’organisation professionnelle responsable s’est engagée avec conviction et depuis de très nombreuses années dans la promotion des soins dentaires scolaires , avec d’excellents résultats. La prévalence de la carie dentaire a atteint un taux exceptionnellement bas en Suisse ces dernières années. A l’âge de 16 ans, l’adolescent suisse a un bouche saine, sans carie. Voilà le message que la SSO lui transmet: “Tu as un trésor en bouche, prends-en soin!”

Depuis longtemps aussi, les médecins-dentistes suisses et la SSO ont soutenu la formation des hygiénistes dentaires et des assistantes en prophylaxie (subventions aux différentes écoles), afin d’offrir à la population suisse les moyens de maintenir et de conserver une santé bucco-dentaire optimale.

Le tarif dentaire n’est pas opaque

J’ai pris le temps d’expliquer à Mme Moncada la manière dont le tarif dentaire est élaboré. L’élaboration du tarif se fait après avoir collecté les données comptables et statistiques de 300 cabinets répartis dans toute la Suisse. Comme le tarif vaut aussi pour les traitements relevant de l’assurance sociale,  Ces données sont analysées et permettent l’élaboration du tari. Le tarif vaut aussi pour les traitements relevant de l’assurance sociale, il est approuvé par la suite par la commission des tarifs médicaux de l’OFAS, visé par M. Prix puis soumis pour approbation au Conseil Fédéral. Le tarif, fondé sur des données fiduciaires et contrôlé par les autorités, n’a donc rien de scandaleux ni de révoltant; il correspond juste à la réalité économique d’un cabinet dentaire. Les cliniques prétendument low-cost contourment le problème ou ne sont pas viables à long terme: le meilleur service qu’un médecin-dentiste responsable puisse rendre à ses patients est d’être encore là le lendemain pour les soigner : il doit donc s’assurer que la gestion de son cabinet repose sur des bases  économiques saines.

Mme Moncada, dans son émission polémique, a  fait témoigner quelques personnes, tout à fait respectables pour la plupart, ne pouvant se payer des soins dentaires en Suisse. Si l’on fait abstraction des nombreuses institutions et organismes auxquels on peut recourir pour demander de l’aide, la problématique des working poor, qui n’est pas nouvelle en Suisse, est préoccupante. Certains patients renoncent même à des soins médicaux car ils ne sont pas à même de supporter le coût de la franchise de la caisse-maladie. Il s’agit là d’un problème majeur de notre société. Les médecins-dentistes en Suisse ont aussi une sensibilité sociale. Ils discutent avec leurs patients des différentes possibilités de traitement, établissent une ou plusieurs estimations d’honoraires,  les conseillent et leur proposent des modalités de paiement. Sans tapage, en toute discrétion.  La SSO recommande même aux patients de demander plusieurs avis différents si nécessaire. C’est une pratique courante et le médecin-dentiste SSO ne s’offusque pas de cette possibilité.

Mme Moncada a préféré jeter l’opprobe sur tous les médecins-dentistes de ce pays, sans prendre la peine de consulter le site de la SSO où ces explications sont pourtant explicitement données. (www.sso.ch /Pour les patients/Droit, tarif/en toute transparence).

Les soins dentaires à l’étranger sont-ils recommandables?

Il y a sûrement des médecins-dentistes hongrois dont les compétences sont élévées. Leurs patients seront bien traités et le diront. Certains patients qui n’ont pas eu cette chance et que nous soignons parfois en urgence en Suisse ne claironnent pas sur les toits qu’ils ont été se faire soigner en Hongrie: ils ont sans doute un peu honte.

Les traitements à l’étranger sont moins chers  qu’en Suisse , mais n’ont de justification que s’il s’agit de gros traitements. Le traitement d’une simple carie, par contre, revient bien plus cher qu’en Suisse si on compte le temps et le prix du déplacement. Tout gros traitement a besoin d’un temps biologique relativement étendu pour obtenir un taux de réussite convenable. De plus, certaines options thérapeutiques seront   bien moins conservatrices, et donc bien plus mutilantes,  si on raccourcit ce temps biologique.   Il faut aussi savoir que plusieurs séances d’ajustement et de retouches sont souvent nécessaires pour assurer un confort masticatoire au patient.

Un autre problème à prendre en considération est celui de l’aspect juridique lors d’une complication ou d’une malfaçon: comment s’assurer que le droit du patient soit respecté alors qu’il ne connait ni le droit ni même la langue du pays où le traitement a été fait?

Par un montage quasiment diabolique de son émission ( les soins dentaires en Suisse sont  filmés en noir et blanc dans une clinique des années 196o – la clinique hongroise, elle,  montre un espace  internet, un aquarium, un appareil de radiologie dernier cri- (cf émission 36.9 de décembre 2012!!!!)), Mme Moncada  a choisi de faire une publicité irresponsable pour les cliniques dentaires hongroises, en omettant sciemment de mentionner les risques de cette façon de procéder.

La médecine dentaire pratiquée en Suisse  est respectueuse de la bouche du patient; elle sauvegarde par son approche éthique les intérêts du patient. Pensez-y avant de partir vous faire soigner à l’étranger!

En conclusion

L’émission RTS 36.9 du mercredi 9 janvier 2013 intitulée ” Tarifs dentaires: édentés ou endettés” est indigne d’un journalisme d’information médicale. Il ne s’agit que d’un “one woman show” à but polémique, visant à décrédibiliser la médecine dentaire helvétique qui a poutant prouvé au fil des ans qu’elle est à la fois moderne et performante, éthique et socialement responsable.

Il serait grand temps que Mme Isabelle Moncada, récidiviste dans la manipulation, se recycle et quitte les plateaux télé: les télespectateurs méritent bien ça!

Dr Etienne Barras